Chabag : histoire de la colonie suisse de Chabag, Chabo en Ukraine

  CHABAG : HISTOIRE DE LA COLONIE SUISSE DE CHABAG, CHABO EN UKRAINE

Monnaies grecques trouvées à Chabag, dans la vigne d'André Anselme
Vevey, le pont Saint-Antoine sur la Veveyse. Construit en 1905 et démoli en 1953, il a été franchi par les Vaudois aux premiers pas vers la Bessarabie en juillet 1822
La tombe de Louis-Vincent Tardent, fondateur de la colonie suisse de Chabag mort en 1836, en 1922
Georges Girod dans ses cultures de maïs
Chabiens à Bougaz, au bord de la Mer Noire, bien loin en Europe les bruits de bottes commencent à raisonner
Buxcel, Dogny, Forney, Decombaz, Gander et Thévenaz sur le Danube en été 1940, c'est la fuite vers l'Ouest
L'église de Chabag, ce qu'il en reste à Chabo



AVANT 1822
La région de Chabag des Thraces Tyrgètes au départ des Vaudois de la Place du Marché de Vevey.




19 JUILLET - 29 OCTOBRE 1822
Les premiers colons sur la route des confins de la Bessarabie.




1822 - 1836
L'ère Louis-Vincent Tardent, les premières années difficiles de la colonie de Chabag.




1836 - 1871
Vers une certaine prospérité, une trentaine d'année pas trop loin du bonheur.




1871 - 1919
La situation se dégrade, le rouge monte sur l'horizon, la révolution est inéluctable.




1919 - 1940
Chabag est devenue Şaba, les temps sont durs mais ça aurait pu être pire.




Juin 1940 - Août 1944
Les derniers rêves chabiens s'effondrent en cauchemar.




Après 1944
Chabo, Шабо, de l'Union des républiques socialistes soviétiques à l'Ukraine.




DES VAUDOIS EN BESSARABIE

Des Vaudois en Bessarabie


L'émigration est une composante essentielle de l'histoire démographique de la Suisse jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Si les difficultés économiques et sociales suisses sont la motivation première de la multiplication d'îlots suisses dans des régions pour la plupart colonisées par de grandes puissances, les arguments patriotiques, souvent utopiques, ne sont de loin pas absents de départs vers des rêves qui ont majoritairement virer au cauchemar. Dans cette histoire souvent occultée, largement oubliée, une place de choix revient à ces vignerons vaudois qui s'en iront à devenir les vignerons du tsar et reviendront discrètement, sans la moindre aide de leur pays qui hésita même à les refouler, bien plus démunis qu'ils ne sont partis. Cinq générations se seront succédées à lutter contre les aléas de la vie aux confins de l'Europe orientale, juste pour vivre correctement pour les plus chanceux, pour tout perdre jusqu'au dernier souvenir pour tous. Que d'aventures vécues, dans la plus profonde indifférence de ces autorités helvétiques qui n'ont pourtant cessées de meubler leur nostalgie jusqu'au jour où celle des splendeurs de la Grande Russie, qu'ils n'ont jamais connues, s'y est substituée à la sortie de voyages encore plus aventureux et dangereux que ceux de l'aller...


Chabag.ch se propose de vous faire survoler l'histoire de la rive sud du liman du Dniestr, des premières traces de vignoble au début du troisième millénaire en s'attardant un peu plus sur cette présence exotique de la communauté chabienne, de ces Vaudois exilés bien loin de leurs horizons, tellement attachés à l'assimilation de liman, estuaire en turque, au Léman du pays.


Le premier des sept chapitres de cette histoire, près des côtes de la Mer Noir, évoquera de l'arrivée des premiers vignerons grecs à la visite de l'ormonand Louis-Vincent Tardent, quelques années après la conquête de ces terres, par le tsar Alexandre Ier, sur l'empire Ottoman, conquête avalisée par le Congrès de Vienne, les liens entre le tsar Alexandre, la Russie, et Frédéric-César de La Harpe, la Suisse, plus particulièrement le Pays de Vaud fraîchement indépendant, exsangue, à l'image de toute l'Europe, à la sortie des guerres napoléoniennes.


Nous retracerons le premier voyage d'émigration, depuis la place du Marché de Vevey à Akkerman, au travers des yeux et du crayon d'Uranie Tardent. Un journal de route qui rend bien les difficultés d'une telle entreprise aux débuts du XIXème siècle et, souvent par ses lacunes même, l'état d'esprit de ses participants.


Les premières années de cette colonie suisse seront pour le moins difficiles ; la réalité est bien plus rustique que les rêves échafaudés aux assemblées veveysannes. Elle survivra de justesse aux difficultés à la disparition de son enthousiaste moteur, Louis-Vincent Tardent. Jamais l'objectif initial de 120 familles vaudoises ne sera atteint même si dans le Pays de Vaud la vie n'est pas facile dans ces temps de première moitié du XIXème siècle. Ceux qui auraient les moyens de faire ce voyage et de s'installer en Bessarabie on les moyens de survivre au pays et le tempérament aventureux n'est pas le premier trait de caractère vaudois.


Les conditions d'intégrations sont lentement très largement assouplies, Suisses allemands, Allemands rejoignent la colonie où la chance commence doucement à tourner vers une trentaine d'années sous le signe de la prospérité.


Les excès commencent à peser lourdement sur l'Europe, le ton monte entre les Etats, au sein des Etats. Les plus clairvoyants vont embarquer pour les antipodes aux débuts du dernier quart du XIXème siècle. Les premiers coups de tonnerre de la révolution vont raisonner forts au Sud de l'Empire, de l'autre côté du liman dans le port d'Odessa ; la carabine et la bible redeviennent d'actualité, avant le premier choc mondial et l'effondrement brutal et violent de la Grande Russie.


A la sortie du premier conflit mondial, Chabag va devenir Şaba au plus profond soulagement des Chabiens mais le Dniestr est devenu une frontière infranchissable. L'accès au principal débouché des produits de la colonie est définitivement et hermétiquement clos ; les temps sont durs, encore une fois de plus. Les fêtes du centenaire n'auront pas le lustre de celles du cinquantenaire. A la visite de Carol II la pénétration de l'idéologie nazie provoque déjà bien des remous au sein de la petite communauté.


La politique internationale ne va pas tarder à souffler contre la communauté lézardée entre ses courants. Hitler va céder la Bessarabie à son allier Staline et le pire est à venir. Chabag ne va se trouver dans l'estran entre la Weimacht et l'Armée Rouge. A cette époque Chabag compte environ 930 colons répartis entre 400 Vaudois, 70 familles, et 480 Suisses allemands d'origines. 750 de ces Suisses, 350 Vaudois, vont parvenir à rejoindre finalement la Mère Patrie non sans peine et chance.


La réadaptation en Suisse est très dure pour ces rescapés de la tourmente ; un bon nombre sont arrivé usés, malades et déprimés. Ils se regrouperont, unis à s'entraider et à enjoliver les souvenirs de temps révolus, à jamais loin de l'économie rurale. Şaba est devenue Шабо ville de garnison, les Migs décollent des terres chabiennes, l'église, fierté de ce microcosme, est devenue centre de loisir de la caserne de l'Armé Rouge voisine, le rideau de fer est tombé en travers de l'Europe. En octobre 1988 ce sera la première visite ou le retour au pays de leur enfance pour quelques chabiens. En 1991 Alice, une Besson du pays des Soviets visitera quelques jours le Pays de Vaud de ces origines et très bientôt l'histoire va s'emballer une fois de plus sur les chemins du changement. La Suisse va pouvoir faire preuve de générosité envers l'Ukraine, un nouveau partenaire commercial potentiel. Cette générosité, motivée par des intérêts, si saillante sous les feux des projecteurs. Cette générosité dont sont tenus soigneusement écartés ses enfants revenus au pays ruinés et brisés d'avoir rêvé d'un avenir meilleur sous d'autres cieux, même au nom de leur pays.







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