1819, plus d'un millier de Fribourgeois, Valaisans et vaudois, s'embarquent à Estavayer-le-Lac pour le Brésil

PLUS D'UN MILLIER DE FRIBOURGEOIS, VALAISANS, VAUDOIS VERS LE BRESIL

Départ d'Estavayer-le-Lac le 4 juillet 1819
Camp de Dordrecht en Hollande
Vie à bord, un jour calme, lors de la transatlantique
Sur le chemin de Nova Friburgo dans la Sierra
Nova Friburgo à l'arrivée des Suisses
Nova Friburgo entre 1818 et 1830
Nova Friburgo en 1870
Maisonette dans la banlieue de Nova Friburgo
Rue Amelia Ouverney
Nova Friburgo



AVENTURES COLONIALES SUISSES
Emigrations suisses antérieures à Chabag sous l'un ou l'autre de leurs aspects, afin d'effleurer la genèse et le contexte de ses départs vers des horizons inconnus.




LISTE DES DECES DE JACOB JOYE
Liste manuscrite de sept pages de 292 Fribourgeois décédés pendant le voyage ou peu après leur arrivée au Brésil. Cette a été établie en octobre 1821 par Jacob Joye.




SUISSES INSTALLES AU BRESIL
Au moins 338 Suisses partis d'Estavayer-Le-Lac en 1819 ont survécu à la Hollande, à la transatlantique, à l'installation au Brésil au-delà de septembre 1821.




ZURICHTAL, COLONIE EN CRIMEE
1805, le major Escher de Zurich fonde Zürichtal, une colonie suisse en Crimée. L'histoire de Zürichtal du voyage de Constance à la déportation vers l'Oural.




D'ORON VERS DES TERRES INCULTES
1821, quelques familles d'Oron partent pour la Pologne vers des terres incultes qu'on leur a données. Immigration vers les affres d'un cadeau empoisonné.

1819, D'ESTAVAYER-LE-LAC A LA NOUVELLE FRIBOURG

1819, Fribourgeois, Valaisans et vaudois entre Estavayer-le-Lac et la Nouvelle Friboug

Les années 1816 et 1817 sont catastrophiques en Suisse qui souffre au mieux de disette, de famine en Suisse orientale. Le Brésil, qui n'est plus une colonie portugaise depuis 1807, la conquête du Portugal par Napoléon, adopte une nouvelle politique de développement. Le Brésil fonde une grande part de ses espoirs dans l'agriculture. Son roi, Jean VI de Portugal, João VI de Portugal, João Maria José Francisco Xavier de Paula Luís António Domingos Rafael de Bragance dit le Clément autorise, dans cette optique, des Européens à émigrer au Brésil. En 1818, un diplomate fribourgeois signe à Rio de Janeiro un traité de colonisation. Le Brésil s'y engage, entre autre, à donner gratuitement des terres à des agriculteurs suisses dans les montagnes de Rio de Janeiro et à payer les frais de voyage. Il est précisé dans ce traité que la ville que les Suisses fonderont s'appellera Nouvelle Fribourg.

Le rêve brésilien, posséder des terres productives à l'abri du froid et du gel, ne manque pas de fasciner plusieurs milliers de paysans suisses au sortir de deux ans de conditions climatiques glaciaires. 830 Fribourgeois, 500 Jurassiens et Bernois, 160 Valaisans, 143 Argoviens, 140 Lucernois, 118 Soleurois, 90 Vaudois et 25 ressortissants d'autres cantons vont se résoudre à quitter leur pays natal pour toujours et tenter leur chance au Brésil. A ces 2006 Confédérés recensés s'ajoute 120 Heimatslosen, des sans patrie, sans papier, que les tribunaux ont forcé à l'exil, sans hésiter à les garder parfois plusieurs mois en prison jusqu'au jour du grand départ.

Le 4 du mois de juillet de l'année 1819, les colons fribourgeois, valaisans et vaudois, formant le premier convoi de la colonie, sortirent du port d'Estavayer-le-Lac vers midi au bruit du canon, après avoir reçu la bénédiction de sa Grandeur Monseigneur l'Evêque de Lausanne qui se rendit sur les bords du lac accompagné d'une partie de son clergé. Une multitude inombrable de spectateurs accourus de tous côtés couvrait tous les alentours du port. Trois grandes barques et une plus petite supplémentaire qui ne partit que vers les 7 heures du soir conduisirent les colons, au nombre d'environ 1111, jusqu'à Soleure, écrira Jacob Joye, curé de Villaz-St-Pierre, en partance pour le Brésil. La Gazette de Lausanne raconte qu'un Vaudois s'agenouille, baise la terre en s'exclamant : Adieu ma patrie ! Les barques du premier trajet s'appellent Yverdon, Grandson et Estavayer. Les Soleurois vont se joindre à cette flottille, en direction de Bâle, où tous les émigrants suisses se retrouvent pour descendre le Rhin vers la Hollande.

Si le départ a eu lieu dans la joie et la liesse générales, les colons seront vite rattrapés par la dure réalité des voyages au long cours de ce début du XIXème siècle :
les Suisses ne seront plus qu'environ 1'600 à débarquer au Brésil,
une cinquantaine seront morts avant d'embarquer,
près d'un quart des 430 passagers de l'Urania mourront durant la traversée,
près du tiers des Fribourgeois embarqués à Estavayer-le-Lac seront déjà morts le 5 octobre 1821, (292 sur 830, selon la liste de Jacob Joye).
Et l'hécatombe ne s'arrête pas là...

Arrivé en Hollande les émigrants sont parqués six longues semaines dans un camp à Dordrecht en attente des navires qui doivent les emmener vers les côtes brésiliennes. Ils s'ennuient et souffre de la malaria, ils enterrent leurs morts.

En septembre, quand ils embarquent enfin pour la grande traversée transatlantique à St-Gravendeel, le plus dur est à venir. Le voyage vire à la tragédie, plus de 400 passagers auront l´océan comme tombeau. Les tempêtes brisent les mâts des voiliers, les requins rôdent autour des bateaux et mangent les morts.



DE LA NOUVELLE FRIBOURG A NOVA FRIBURGO, BRESIL

La Nouvelle Friboug, São João Batista de Nova Friburgo, Nova Friburgo

En décembre 1819, les survivants débarquent à Rio de Janeiro. Ils mangent pour la première fois des oranges et des bananes avant de prendre les chemins de la montagne. Le 17 avril 1820, Nova Friburgo entre dans l'histoire. Au son des fifres et des tambours, les Suisses inaugurent São João Batista de Nova Friburgo. Un dénommé Porcelet, d´Estavayer-le-Lac, prononce le discours officiel. Les émigrants élisent leur premier conseil communal Ils mettent en marche leur première école avec l'instituteur Bonaventure Bardy et célèbrent leurs cultes encore dans des lieux de fortune.

Les Suisses défrichent et brûlent la forêt tropicale pour la transformer en terre nourricière. La tâche est rude, dangereuse et décourageante. Les débuts de la colonisation sont catastrophiques : mauvaises récoltes, inondations, maladies et aide parcimonieuse du Gouvernement brésilien, inciteront le trois quarts des colons à quitter leur nouveau territoire pour tenter de faire fortune ailleurs. En 1824, après bien des déboires, une bonne moitié des Suisses a déjà tourné le dos à cette terre qui ne tient pas ses promesses et quitté Nova Friburgo. Les irréductibles vont résister, aidés par un mouvement philanthropique international, la colonie échappera de justesse à la mort.

La population augmentera par l'immigration de nouvelles personnes venant rarement de Suisse et majoritairement d'Allemagne. Les premiers Allemands arriveront le 3 mai 1823. Nova Friburgo sera le premier établissement du Brésil où ils s'installeront, environ deux mois avant São Leopoldo dans l'Etat du Rio Grande do Sul. En 1831, la colonie suisse cessera d'exister en tant que telle. Nova Friburgo devient une ville à part entière le 8 janvier 1890.

Les liens avec la Suisse se sont rapidement perdus et le silence installé. Les contacts ne vont se renouer qu'après la publication de la Genèse de Nova Friburgo de Martin Nicoulin, en 1973.

Aujourd'hui, il ne fait pas de doute que cette expérience de colonie favorisée par un gouvernement indigène s'est soldée par un cruel échec.


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Référencement, positionnement de Nova Friburgo